Part 6: Conference Sessions

October 23: 14:30-15:45 Session: Fluidity of sexual and social identities

14:30-15:45 Fluidité des identités sexuelles et sociales au XVIIe siècle / Fluidity of sexual and social identities in the 17th century

Présidence/Chair : Daniel J. Worden (Furman U.)

Louise DEHONDT (U. de Picardie). « La vieille femme dans la poésie satyrique (1600-1622) : troubles genres, troubles désirs. »

Les nombreux recueils satyriques qui sont publiés entre 1600 et 1622 se caractérisent par les transgressions stylistiques et thématiques qu’ils opèrent par rapport à la poésie lyrique et à la poésie de cour. Les satires contre les vieilles femmes sur lesquelles nous allons nous concentrer constituent un lieu commun de ce registre transgressif: l’altérité de la vieille femme sert de support aux poètes pour déconstruire les discours et éloges amoureux en leur opposant leur envers. Articuler genre et âge met en lumière les structures hiérarchisées dans lesquelles prend place la figure de la vieille femme ainsi que les normes qui régissent les identités de genre et les échanges sexuels. Les satires qui vont être ici au centre de l’étude mettent en scène, du point de vue masculin, les innombrables modalités d’un conflit qui oppose la figure de la vieille femme au poète. Entre la vieille femme qui continue de revendiquer son accès au désir et le regard masculin qui décrète qu’elle n’est plus assez femme pour prendre place légitimement dans un jeu de séduction hétéronormé, les satires mettent en évidence le caractère relationnel des identités de genre, qui exigent une validation par le regard de l’autre pour être reconnue. Elles soulignent combien le vieillissement interroge les identités de genre, révèle leur fragilité, et leurs implicites.

Louise Dehondt est agrégée de Lettres modernes, ancienne élève de l’Ecole Normale Supérieure et doctorante en littérature comparée sous la direction d’Anne Duprat. Sa thèse, intitulée Le poète, la rose et le sablier, porte sur les représentations de la vieillesse féminine dans la poésie française, italienne et espagnole de la Renaissance et de l’âge baroque (1530-1640).

Kathleen LOYSEN (Montclair State U.). « Narrative Innovation, Gender Fluidity, and Authority: Mme de Villedieu’s Anaxandre. »

My paper is drawn from my current book project, Daring Authorship: Women in Early Modern France, which examines how women authors saw themselves and how others saw women as authors in the French early modern period. I examine fictional scenes of oral storytelling and how these inform us about contemporary notions of women’s authorship. I contemplate specific moments of women’s prises de parole within the narrative space, or those moments when they assume for themselves the privilege of speaking and writing authoritatively. In my presentation, I will focus on examples drawn from the corpus of nouvelles written by Marie-Catherine Desjardins, known as Mme de Villedieu. In “Anaxandre” (1667), for instance, Mme de Villedieu expertly blends multiple levels of narrative voices, while she also interpolates passages of other literary genres within the narrative frame, such as letters and poetry. As a woman highly invested in the public perception of her growing body of work and her authorial status, Mme de Villedieu plays with the notions of author, narrator, and audience (whether it be represented as a reading or a listening one). By demonstrating the interchangeability of narrative voices and even of the gender the reader ascribes to any particular narrator/speaker, she shows that authorial and/or narratorial identity is both fluid and fungible. Whether in manuscript or print form, for instance, readers cannot know for certain who the author of any any individual text is. Mme de Villedieu thereby evokes questions around the very meaning of authorial identity, authorial intent, and the locatability of truth and fiction in the literary space.

Kathleen Loysen is an Associate Professor of French in the department of World Languages and Cultures at Montclair State University in New Jersey. Kathleen holds a Ph.D. in French Literature from New York University, specializing in early modern women’s literature. She is the author of Conversation and Storytelling in 15th and 16th Century French Nouvelles, along with several articles on early modern French narrative. Her current book project involves literary representations of oral storytelling scenes and the notion of women’s authorship in early modern French literature.

Radhika KOUL (Stanford U.). « L’étrangeté classique : Rasa and the Sublime chez Racine. »

In two moments separated by time, space and culture, literary thinkers began to create a space for what might be called the “aesthetic” from the existing domains of epistemology, rhetoric and poetics. In late seventeenth-century France, the discourse came to revolve around the “sublime” — an aesthetic category that gains new ground in explaining just what certain plays, removed in time and place from their audience and utterly “étrange” by all means, still achieve in the spectator. In medieval Kashmir, on the other hand, that discourse revolves around the term “rasa,” literally “juice” but connotatively “taste,” and “the aesthetic experience.” Through the time-honored means of verisimilitude and believability, propriety and convention, Racine, Dryden, Boileau, Bhaṭṭa Nāyaka and Abhinavagupta converse on their theories of an uninterrupted, unworldly experience of aesthetic fulfillment. This presentation will focus on the “étrangeté classique” of Racine’s Bajazet with critics from both cultures explaining its employment of unfamiliar Oriental spaces to move its spectators. The idea is to reverse the critical gaze, in a sense, and explore the potential for such comparative critique in an otherwise closed, classical sphere.

BIO

David SCHWAEGER (U. de Paris). « Les Femmes Savantes et Les Précieuses ridicules : des féministes avant l’heure. »

Molière a dressé dans deux de ses pièces les plus célèbres Les Précieuses Ridicules et Les Femmes savantes, un portrait au vitriol des Précieuses de son temps – ces sectatrices d’un courant de pensée, la Préciosité, qui va se développer au milieu du XVIIeme siècle à Paris, comme dans les grandes villes de Province (notamment en Provence), dans les salons aussi bien qu’à la Cour. Lectrices des romans des Scudéry, des ouvrages poétiques et théoriques de l’abbé de Pure, de l’ensemble de ce que l’on peut appeler la « poésie des ruelles », amatrices des méandres de la Carte du Tendre, héritières lointaines de la fin’amor médiévale consacrant la domination de la Dame, elles cherchent à opposer au patriarcat nobiliaire et ecclésial de leur temps les prémices d’une pensée féministe. Molière, en faisant la satire d’un certain nombre de caractères typiques de cette veine de pensée, nous en dresse une sorte de portrait négatif, en en pointant les défauts et les outrances. Il nous offre ainsi – radiographié – un témoignage partial mais exceptionnel sur les us et coutumes d’un microcosme pré-féministe tout à fait propre à servir de document historique – si on sait le décrypter. En nous appuyant sur les deux pièces du maître de la comédie française aussi bien que sur les travaux historiques précis de Jean Michel Pelous (Amours précieux, amours galants, Paris, Klincksieck, 1980), nous essaierons de mettre au jour, au travers d’une archéologie de la pensée féministe, la manière dont les concepts développées dans les Femmes Savantes aussi bien que les Précieuses annoncent des intuitions cardinales des gender, queer et feminist studies actuelles (male gaze, man’s planning, toxic masculinity, girlpower, gender fluidity) pour mieux en examiner les fondements aussi bien historiques que psychologiques et sociologiques.

David Schwaeger conduit, à l’université de Paris 3- Sorbonne Nouvelle, sous la direction de Gilles Declercq, un doctorat sur une lecture psychanalytique de l’œuvre de Molière. Il a enseigné au sein de l’Institut de Recherches en Etudes Théâtrales en tant que doctorant contractuel, ATER et y enseigne actuellement en tant que chargé de cours. Il s’est formé à la mise en scène et à la pratique théâtrale au Cours Simon (Paris) puis au Théâtre-école du Parvis des Arts (Marseille). Il suit parallèlement une formation à la psychanalyse pratique.

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